Retrait d’Eirene Suisse du Nicaragua

Depuis la crise sociopolitique de 2018 et la réélection de Daniel Ortega en 2019, le Nicaragua traverse une période de profondes transformations politiques et institutionnelles. Dans ce contexte, l’espace accordé à la société civile s’est progressivement mais fortement réduit et le cadre légal encadrant les organisations non gouvernementales s’est considérablement renforcé. La loi sur les « agents étrangers », adoptée en octobre 2020, a ainsi conduit à la fermeture de plusieurs milliers d’organisations. Dans ce climat, les questions liées au respect des droits humains demeurent particulièrement sensibles. Finalement, l’inflation modérée mais persistante continue d’exercer une pression importante sur le coût de la vie ainsi que sur les budgets institutionnels, obligeant les organisations à adapter en permanence leur planification financière dans un contexte marqué par des ressources limitées et une grande incertitude réglementaire.

En parallèle, fin 2024, le Parlement fédéral suisse a voté une réduction de 110 millions de francs du budget de la coopération au développement pour l’année 2025, après avoir déjà diminué l’enveloppe quadriennale 2025–2028 de 151 millions de francs au profit de l’armée. De son côté, la Direction du développement et de la coopération (DDC) a également pris la décision de mettre progressivement un terme à la coopération bilatérale au développement en Amérique latine et dans les Caraïbes, conformément à sa stratégie de coopération internationale 2021-2024 pour concentrer les ressources sur d’autres régions prioritaires. Enfin, en plus des coupes financières, la DDC exige également des ONG qu’elle soutient, une diminution progressive de l’utilisation de ses fonds pour des projets en Amérique latine. Cette décision a eu pour impact une réduction significative de notre budget dans la région.

Face à ces pressions multiples, Eirene Suisse a dû prendre la difficile décision d’arrêter ses projets au Nicaragua à la fin juillet 2026 après plus de quarante ans d’engagement et de coopération dans le pays. Présente depuis 1980, ce sont plus de 60 volontaires qui se sont engagé·es auprès de 18 partenaires nicaraguayens au fil de ces décennies. Les raisons de notre retrait sont d’une part la pression constante que subissent les organisations locales dont l’association Mary Barreda, le dernier partenaire encore actif sur place, la plupart des organisations partenaires ayant été contraintes de fermer suite à la mise en place de la loi sur les « agents étrangers » et d’autre part, le retrait de la DDC de la région. Malgré ce départ contraint, Eirene Suisse tient à exprimer sa profonde reconnaissance envers toutes les organisations partenaires, les communautés, les défenseurs·euses des droits humains, ses volontaires et toutes les personnes engagées avec lesquelles elle a eu le privilège de collaborer au Nicaragua. Ensemble, nous avons porté des projets en faveur des droits des femmes, des jeunes, des personnes vulnérables, du renforcement de la participation citoyenne et communautaire, et de la prévention des violences parmi d’autres droits humains, et ceci dans des circonstances souvent peu favorables mais toujours animées par une forte solidarité et un respect profond envers le peuple nicaraguayen.

Si notre présence institutionnelle dans le pays prend aujourd’hui fin, les liens humains, les apprentissages partagés et les engagements construits au fil des décennies demeurent. Nous restons convaincu·es que les initiatives locales et le travail des organisations de la société civile continueront à faire vivre les valeurs de justice sociale, de dignité et de paix qui ont guidé notre action au Nicaragua.

Eirene Suisse reçoit une contribution de cofinancement de la Direction du Développement et de la Coopération (DDC) au travers d’Unité pour son programme quadriennal 2025-2028. Voir les détails

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