Nous vous proposons ici l’historie de vie d’un des bénéficiaires du projet « Auto-détermination et inclusion socioprofessionnelle des jeunes en situation de handicap de la région de Cuscatlán au Salvador » de l’Asociación Los Angelitos, rédigée par notre volontaire Marine Senderos. Le récit de cette histoire de vie permet de nous faire apprécier, à travers un exemple concret, l’impact du projet et du travail de la volontaire auprès de notre partenaire local.

Histoire de vie

Le projet d’inclusion des jeunes en situation de handicap, exécuté par l’équipe de l’association « Los Angelitos », s’inscrit dans une approche sociale du handicap, qui envisage celui-ci, comme le résultat de l’interaction entre un individu et les barrières environnementales. En ce sens, il insiste sur les capacités de chaque personne, plutôt que d’accentuer leur handicap.[1]

Eduardo* est un jeune homme de 23 ans. Il vit avec sa famille, dans un hameau de la Commune de Tenancingo, dans le département de Cuscatlan. Il partage la majeure partie de son temps avec son frère, Denis, de 4 ans son aîné, avec qui il entretien une relation très forte. Tous deux sont atteints de déficience intellectuelle moyenne et participent aux activités de l’association depuis leur enfance, soutenus par leur maman, engagée dans la lutte de l’association. Cette dernière est très présente dans leur vie.

Depuis le mois de janvier 2021, nous nous réunissons deux fois par mois à Tenancingo. L’objectif de ces rencontres est de développer l’estime de soi, le protagonisme et l’autodétermination, à travers un programme d’activités ludiques et inclusives. Une des particularités de ces groupes est que les parents n’y sont pas conviés, afin de favoriser l’expression. En effet, les attitudes de surprotection peuvent être très présentes et il est commun que le parent s’exprime ou fasse à la place de son fils, de sa fille.

Eduardo et son frère font partie du groupe depuis sa formation. Peu habitués à se déplacer seuls, et à sortir sans leur mère, il leur a fallu un petit temps d’adaptation. Au début de l’année, Eduardo était assez effacé dans le groupe. Conscient de ses difficultés d’articulation pouvant péjorer sa compréhension, il s’exprime assez peu verbalement, ou demande l’appui de son frère pour « traduire », comme il dit.

Rapidement, nous nous sommes rendu compte qu’il appréciait particulièrement tout ce qui avait un lien avec la musique et les jeux. Nous avons donc adapté le programme d’activités à une méthodologie incluant diverses activités artistiques, comme notamment, des ateliers de percussions et musique, de chant et de mime.

Durant ces activités, il gagne de plus en plus en confiance. Ce caractère effacé laisse place à un jeune homme confiant, devenant à certains moments leader du groupe, en aidant ses collègues et son frère, éprouvant des difficultés à la compréhension et à la réalisation de l’exercice.

La maman a eu l’occasion de participer à deux journées de formation, données par nos soins, en relation à la surprotection et à l’autodétermination des jeunes en situation de handicap.  Nous avons pu échanger sur les changements observés et elle nous a fait part de la motivation que ses fils ont à participer à ces moments de groupe. Ils en parlent à la maison et s’en réjouissent. Parfois, ils ne veulent pas raconter ce que l’on a travaillé, fait auquel n’est pas habituée la maman, qui s’oblige à ne pas insister. Elle souligne l’importance que ses enfants puissent avoir un moment à eux, sans elle.

Ce projet d’inclusion des jeunes en situation de handicap est un processus long, que l’on commence à peine. Dans le contexte actuel, il est important de relever que ces moments de groupes permettent aux jeunes de sortir de leur cadre familial, d’avoir une activité dans leur quotidien et de pouvoir développer des compétences sociales et de savoir être.

*Prénoms d’emprunt


[1] https://www.cairn.info/revue-d-ethique-et-de-theologie-morale-2009-HS-page-19.html, consultée le 01.11.21